Retour sur la loi sur les heures d'ouverture (partie I)

Mon billet proposant l’abolition de la loi sur les heures d’ouverture a suscité beaucoup de réactions. Dans cette série de billets, je préciserai ma pensée tout en répondant à certains commentaires. Un certain François (ce n’est pas François Tremblay) m’écrit ceci dans ma section Commentaires:

Encore une fois, je salue ta volonté de vouloir libérer la société d’une loi que tu juges stupide, d’un pouvoir trop présent de l’État.

Mais je suis en désaccord avec toi. Les lois sur les heures d’ouverture des commerces sont liées aux lois du marché du travail; si elles utilisent le pouvoir restrictif de l’État pour limiter les heures de travail et déterminer les jours fériés, c’est pour éviter que les plus gros acteurs économiques déterminent les heures d’ouvertures.

Justement, en abolissant cette loi, le plus gros acteur économique au Culbec, i.e. l’État, cesserait de déterminer les heures d’ouverture par la coerctition étatique. Voilà qui serait un pas dans la bonne direction pour les anarchistes. Le gouvernement du Culbec n’a jamais considéré les lois du marché du travail pour imposer cette loi stupide. Cette loi est strictement un accomodement catho-fasciste déraisonnable, arriéré, liberticide et inutile qui ne fait l’affaire que des petits dépanneurs (ou des grandes chaînes de dépanneurs comme Couche-Tard qui jouissent d’un traitement de faveur grâce à l’État), des pharmacies comme la grande corporation Jean Coûteux et des restos-malbouffe comme la corporation multinationale McDonald’s qui vendent trop cher leur camelote (encore pire chez les dépanneurs), des syndicaleux qui nuisent aux travaillleurs non-syndicaleux, jeunes et semi-retraités, ainsi qu’aux sans-emploi (i.e. ceux qui veulent travailler aux heures non-conventionnels ou aux heures interdites par l’État) pour protéger les intérêts des travailleurs syndicaleux ayant le plus d’ancienneté, et surtout de l’État qui exerce un plus grand contrôle sur les gens.

Dans le système actuel, ce sont, dans l’ordre, l’État, les clients, les commerçants et les travailleurs (tous soumis aux diktats de l’État: le travailleur est dernier dans la chaîne de décision parce que l’État crée une rareté de l’emploi dans un système capitaliste afin d’enrichir les plus riches) qui déterminent les heures d’ouverture. En abolissant cette loi, ce seraient, dans l’ordre, les clients (soumis à personne), les commerçants (soumis aux diktats des clients) et les travailleurs (soumis aux diktats des commerçants) qui détermineraient les heures d’ouverture, i.e. le client (souvent lui-même un travailleur) deviendrait le roi dans cette chaîne de décision, ce qui serait un pas dans la bonne direction pour les anarchistes, même s’il est vrai que les travailleurs (souvent eux-mêmes des clients) pourraient encore souffrir des conséquences du système capitaliste, en demeurant en dernière place dans cette chaîne de décision.

Dans un véritable libre-marché anarchiste anti-capitaliste libéré des hiérarchies où il n’y aurait plus de pénurie d’emploi créé par l’État, et où la survie ne serait plus liée au travail, ce seraient, dans l’ordre, les clients, les travailleurs et les commerçants (en prime, sans le diktat hiérarchique des commerçants contre les travailleurs) qui détermineraient les heures d’ouverture. Pourrait-on au moins avoir un mode de fonctionnement qui permettrait au client d’être le roi dans cette chaîne de décision à la place de l’État, en attendant d’abolir le système capitaliste? De plus, ce n’est certainement pas avec encore plus de coercition étatique qu’on va arriver à abolir le capitalisme, ou si on y arrive par la violence étatique, ce ne serait pas une anarchie!

Tu semble croire que sans cette loi, les commerçants, les travailleurs et les consommateurs pourraient arriver à un consensus sur les heures d’ouvertures des commerces. C’est naïf. Les plus gros employeurs mettraient de la pression sur leurs employés pour qu’ils travaillent aux heures qu’ils souhaitent,

Je suis d’accord! Voilà pourquoi je veux abolir le capitalisme, mais pour ce faire, il faut abolir l’État, pas le rendre encore plus coercitif!

les consommateurs (qui oublient rapidement qu’ils sont aussi des travailleurs) réclameraient des heures d’ouvertures toujours plus souples (puisque leur horaire de travail qui prendrait de l’ampleur les empêcherait de subvenir à leurs besoins en des heures raisonnables).

Pourquoi serait-ce à l’État de déterminer les heures raisonnables? Laissons les clients décider cela en premier lieu! De plus, c’est une bonne chose pour les clients d’obtenir des heures d’ouverture plus souples. Voilà une raison de plus pour abolir cette loi.

Les travailleurs-consommateurs se feraient eux-mêmes complices de la spirale qui les rendraient toujours plus dépendant de leurs employeurs, et ce dernier aurait beau jeu d’augmenter les heures de travail devant la demande des consommateurs.

Heures de travail supplémentaires qui pourraient être facilement comblées par des sans-emploi et des travailleurs non-syndicaleux, jeunes et semi-retraités. En ce qui concerne la dépendance des travailleurs envers les employeurs, elle existe déjà même avec cette loi. Et la dépendance des travailleurs, clients et commerçants envers l’État est encore pire avec cette loi.

La précarité des emplois augmenterait puisque les travailleurs ne voulant pas se soumettre à ce rythme de fou seraient écartés du jeu, les employeurs pourraient alors diminuer les salaires en alléguant que la main-d’œuvre ne manque pas.

Le surplus de main-d’oeuvre est causé par la rareté créé par l’État de l’emploi dans un système capitaliste, afin d’enrichir les plus riches. L’abolition de cette loi ne créerait certainement pas une rareté de l’emploi! Les sans-emploi et les travailleurs non-syndicaleux, jeunes et semi-retraités (leur emploi est encore plus précaire grâce à cette loi!) seraient moins précaires avec l’abolition de cette loi.

Si tu tiens vraiment à ce que les heures d’ouverture soit davantage le reflet des aspirations des gens, il faut abolir l’économie capitaliste et fonder une économie fidèle à ce principe: «à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités».

Voilà ce que je propose moi aussi, mais sans passer par la violence étatique. S’il y a un objectif que je partage avec mes amis anarcho-communistes et anarchistes libertaires, c’est bien celui-là!

Je suis contre le despotisme de l’État, mais je suis pour son pouvoir régulateur qui permet de minimiser les souffrances vécues par les plus infortunés de notre société.

D’accord, étant donné que cette personne est un étatiste, je comprends son point de vue! Mais d’un point de vue anarchiste, cette loi n’a aucun sens.

Tant que nous serons dans une économie capitaliste, t’en prendre aux lois qui favorisent les travailleurs c’est faire le jeu du Capital.

Cette loi ne favorise pas les travailleurs, car ceux-ci sont en dernière place dans la chaîne de décision. Elle favorise certains travailleurs (les syndicaleux ayant le plus d’ancienneté) au détriment des clients et des autres travailleurs (les non-syndicaleux, les jeunes, les semi-retraités et les sans-emploi qui veulent travailler aux heures non-conventionnels ou aux heures interdites par l’État).

Prends-toi s’en plutôt aux lois économiques qui favorisent les grandes entreprises au détriment des programmes sociaux.

C’est ce que je fais moi aussi. Mais justement, en abolissant cette loi stupide, on pourrait faire des économies sur la bourreaucrassie étatique inutile, et il resterait un peu plus d’argent pour les programmes sociaux!

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4 responses

  1. Dans un libre marché, les travailleurs (les seuls propriétaires légitimes du lieu de travail) pourraient décider d’eux même à quelles heures ils veulent travailler ou ne pas travailler. Qui pourrait être contre ce désir?

    Je pense donc que ceux qui se plaignent de ce que tu dit opèrent sur des prémisses capitalistes.

  2. @François Tremblay

    “Dans un libre marché, les travailleurs (les seuls propriétaires légitimes du lieu de travail) pourraient décider d’eux même à quelles heures ils veulent travailler ou ne pas travailler. Qui pourrait être contre ce désir?”

    En effet, mais tout de même, les clients seraient quand même priorisés dans un libre marché, i.e le client serait toujours le roi. Par contre, il n’y aurait plus cette hiérarchie des commerçants contre les travailleurs. Ceux-ci seraient donc en bien meilleure position qu’en ce moment.

    “Je pense donc que ceux qui se plaignent de ce que tu dit opèrent sur des prémisses capitalistes.”

    Moi aussi.

  3. J’en ai rien à foutre de cette loi, tant que je sois pas obligé de travailler 90h semaine parce que mon patron est un trou de cul.

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