Le profit entrepreneurial est un vice non-criminel

Je reviens encore sur mon questionnaire sur la propriété. Jusqu’à présent, j’ai expliqué pourquoi le travail ne devrait pas être lié à la survie (Q4) et pourquoi la possession, et non pas un concept de propriété illimitée dans le temps, est le seul mode anarchiste acceptable dans le cas du capital de production, des terres et des habitations (Q1 et Q3). Dans ce billet, je reviens sur les questions Q2 et Q5.

À la question Q2, j’ai répondu ceci:

Q2: Quel mode de propriété devrait s’appliquer aux biens de consommation individuelle résultant du travail et de la production? (Note: en général, les anarchistes s’entendent sur le fait que la propriété s’applique à des biens personnels comme des vêtements ou une brosse à dents)

A-0 pt-Usus seulement.
B-2.5 pts-Possession.
C-5 pts-Propriété.

J’ai choisi cette réponse, car j’estime que de répondre autre chose pourrait conduire à certains dérapages. Je ne vois pas comment on devrait, du moins à court terme, pouvoir déposséder quelqu’un d’un tel produit de consommation, même s’il ne s’en sert pas dans l’immédiat. Il me semble qu’on ne doive pas traiter cette problématique de la même façon que dans le cas du capital de production, des terres et des habitations. Par exemple, je ne vois aucun problème à ce qu’un artiste-peintre vende une de ses oeuvres et en cède la propriété à une autre personne. Tout de même, je ne suis pas encore certain de ma réponse et je suis prêt à changer d’idée si vous avez des bons arguments. De plus, dans un tel cas, il me semble que la possession et la propriété ne sont pas si différents.

Je vais élaborer beaucoup plus sur la question Q5, où j’ai répondu ceci:

Q5: Votre opinion sur le profit (i.e. s’enrichir du travail des autres).

A-0 pt-Le profit est un crime qui devrait être aboli par l’État.
B-1 pt-Le profit est un crime qui ne devrait pas exister, mais sans répression étatique.
C-2 pts-Le profit est un vice qui doit être en partie volé par l’État.
D-3 pts-Le profit est un vice qui doit être découragé volontairement, par des mécanismes de libre-marché.
E-4 pts-Le profit est une bonne chose, mais l’État ne doit pas l’encourager.
F-5 pts-Le profit est une bonne chose et doit être encouragé par l’État.

Attention, plusieurs formes de profit sont criminels parce que ceux-là sont créés directement par l’État. On peut les regrouper sous le vocable de rente politique. Les profits provenant des privatisations de sociétés d’État (ne pas confondre privatisation avec désétatisation, je reviendrai sur ces deux concepts prochainement), comme la majeure partie de la fortune de Labeaume Le Minable dans l’affaire Mazarin, sont des profits criminels qui n’ont rien à voir avec de l’entrepreneurship. Les profits provenant des contrats avec l’État, provenant de subventions étatiques ou de crédits d’impôts remboursables particuliers, provenant de la participation d’entreprises à des PPP, provenant de la spéculation boursière, provenant du fait que les corporations soient des personnes morales, provenant de la réglementation des brevets et des copyrights (quoique pour les copyrights, il y a un bémol concernant la fausse représentation, j’y reviendrai un jour), provenant du protectionnisme étatique, provenant de lois étatiques favorisant la cartellisation, la monopolisation ou l’oligopolisation d’un marché, etc. sont tous des profits criminels qui n’ont rien à voir avec de l’entrepreneurship. En fait, c’est plutôt de l’entrepreneurshit! Et dans le cas de Labeaume Le Minable, c’est de l’entrepreneurbullshit! 😉

Par contre, le profit entrepreneurial, qui résulte de l’activité des travailleurs mais aussi de l’investissement légitime des entrepreneurs, ne devrait pas être considéré comme un crime, même s’il n’est pas souhaitable, mais plutôt comme un vice indirectement relié au fait que le marché ne soit pas libre, ou un vice causé par un manque naturel de concurrence pour certains biens et services rarissimes. De plus, le profit est toujours relié aux travail des autres. Je reviens encore à l’exemple de l’artiste-peintre: je ne vois aucun problème à ce que cet artiste-peintre vende une des oeuvres et fasse de l’argent là-dessus. Ici, il ne s’agit pas vraiment d’un profit, parce que la somme empochée par l’artiste-peintre provient de son propre travail.

Finalement, dans un véritable libre-marché anti-capitaliste sans intervention de l’État, même les profits entrepreneuriaux fonderaient comme neige au soleil et des profits shylockiens, comme ceux de plusieurs grandes corporations, n’existeraient tout simplement plus et ne seraient plus un amplificateur de pauvreté et de richesse indécente comme c’est le cas présentement.

P.S.: Attention, Labeaume Le Minable n’a commis aucun acte illégal, au sens étatiste, dans l’affaire Mazarin, mais la fortune qui en a découlé est criminelle parce qu’elle provient d’une rente politique. Il est clair que Labeaume le Minable a “fourré le système”, selon le standard qu’il a lui-même établi lors de sa soi-disant confrontation avec les syndicaleux municipaux à Culbec City, pour s’enrichir.

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6 responses

  1. Bonjour, j’aimerais pouvoir commenter sur votre blogue, mais je me sens comme un illettré économique et ce même en lisant Martin Masse du blogue du Ql..

  2. 😉

    Mais même si vous étiez un illettré économique, je ne vois aucun problème à ce que vous commentiez. Vous pouvez vous prononcez aussi sur d’autres aspects que l’aspect économique.

  3. Merci, je vais y penser.

  4. Excellente clarification des différents types de profit. Maintenant il faudrait clarifier spéculation. Le simple fait de garder de la nourriture dans ton frigo suppose que tu penses être vivant demain, et cela est spéculatif. Maudit spéculateur de denrées alimentaires! 😉

    J’aime bien l’expression “un manque naturel de concurrence pour certains biens et services rarissimes”. Comme il est préférable que ceux-ci soient rarissimes plutôt que carrément absents, ce profit en particulier ne devient-il pas un bien plutôt qu’un vice? Il faudrait aussi se demander si “savoir vivre selon ses moyens” et “avoir un bon sens des affaires” sont des talents malheureusement devenus rarissimes de nos jours.

  5. @Bastiat

    “Maintenant il faudrait clarifier spéculation. Le simple fait de garder de la nourriture dans ton frigo suppose que tu penses être vivant demain, et cela est spéculatif. Maudit spéculateur de denrées alimentaires!”

    Héhéhé! 🙂

    Sérieusement, je parlais surtout de la spéculation boursière qui est inhérente au capitalisme tel qu’on le connaît. Le genre de spéculation que vous décrivez n’est pas du tout problématique! 😉

    “Comme il est préférable que ceux-ci soient rarissimes plutôt que carrément absents, ce profit en particulier ne devient-il pas un bien plutôt qu’un vice?”

    Ou à tout le moins, ce genre de profit est le moins “vicieux” de tous les profits. Tout de même, mieux vaut un tel profit qu’une absence totale de ces biens ou services.

    “Il faudrait aussi se demander si “savoir vivre selon ses moyens” et “avoir un bon sens des affaires” sont des talents malheureusement devenus rarissimes de nos jours.”

    Malheureusement oui! Merci à l’État et sa lubie surconsommatrice! 😦

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