Anarcho-capitalisme: distinguer son discours néfaste de sa pratique pas si néfaste

Dans ce billet, j’avais expliqué pourquoi je me considère comme un anarcho-centriste (notez que le même billet est publié sous l’onglet “Anarcho-centrisme séparatiste?” juste en dessous de l’en-tête de ce blogue) mais ça ne veut pas dire que les divers courants anarchistes ne m’intéressent pas. Par exemple, je vais vous parler de l’anarcho-capitalisme, ou anarchisme de droite, dans ce présent billet.

J’estime que, dans certains domaines, le discours des anarchistes de droite est néfaste pour les anarchistes, ce qu’Anne Archet a très bien expliqué ici et ce que François Tremblay et Noor ont encore mieux fait. Mais j’estime tout de même qu’en y réfléchissant un peu, la pratique de l’anarcho-capitalisme ne serait pas si néfaste, surtout en comparaison avec le contexte capitalo-étatiste actuel. Bref, contrairement à beaucoup d’anarchistes, je ne considère pas les anarcho-capitalistes comme des ennemis à abattre et je ne me considère pas comme un ennemi des anarchistes de droite, bien au contraire, et j’aimerais beaucoup mieux vivre dans un monde anarchiste de droite que dans le système capitalo-étatiste actuel, même si ça ne me satisferait pas complètement. Aie, aie, aie, je sens que beaucoup d’anarchistes vont me tirer des roches! 😉 Il est possible que je m’explique un peu plus dans un prochain billet, selon les réactions.

Maintenant je vais expliquer pourquoi j’estime que le discours des anarchistes de droite est néfaste, mais en le distinguant de sa pratique pas si néfaste, selon trois domaines précis: les hiérarchies, la propriété et le profit.

1) Parlons d’abord des hiérarchies. J’ai expliqué en partie dans ce billet pourquoi les hiérarchies étaient immorales d’un point de vue anarchiste. Cependant, les anarchistes de droite vont à l’encontre des intérêts des anarchistes en étant en faveur des hiérarchies, surtout celle entre les patrons et les employés, ce que je dénonce. Néanmoins, en accomplissant l’abolition de la principale source des hiérarchies et de la structure hiérarchique la plus oppressive, i.e. l’État, un monde anarchiste de droite contribuerait quand même à l’éradication des hiérarchies, même si cela est insuffisant pour moi. En fait, dans un monde anarchiste de droite, les hiérarchies seraient beaucoup moins oppressives que présentement, ce qui serait déjà un progrès majeur! De plus, en dehors de la hiérarchie patron-employés, il n’y aucun problème à ce qu’un anarcho-capitaliste désapprouve plusieurs autres formes de hiérarchies, ce qui est déjà beaucoup! Tout de même, je me pose la question suivante: si les hiérarchies sont si merveilleuses dans les milieux de travail, pourquoi prétendre être un anarchiste alors? Soyez capitalistes tant qu’à y être, puisque l’abolition de l’État mènera irrémédiablement à l’éradication progressive des hiérarchies, même si ça ne les éliminera pas immédiatement.

2) En ce qui concerne le droit de propriété, la plupart des anarchistes sont plutôt en faveur du droit de possession, basé sur les deux principes suivants: l’occupation et l’utilisation. De leur côté, les anarchistes de droite vont clairement à l’encontre des intérêts des anarchistes dans leur discours en étant en faveur de droit de propriété. Néanmoins, j’estime qu’en s’entendant sur les principes suivants, le maintien d’un droit de propriété serait nettement moins néfaste que la situation capitalo-étatiste actuelle:

  • Les propriétés étatiques sont illégitimes.
  • Les propriétés acquises par la violence sont illégitimes, ce qui inclut toute expropriation ou dépossession violente.
  • Prôner la désétatisation des institutions et des propriétés étatiques, i.e. confisquer la propriété illégitime de l’État pour le rendre aux travailleurs (ou à ceux qui l’occupent et l’utilisent) plutôt que la privatisation capitaliste, i.e. transférer la propriété étatique illégitime à faible coût à des corporations pour les enrichir et créer des monopoles privés.
  • La propriété intellectuelle, les brevets et les copyrights sont illégitimes, même s’il faut dévoiler l’identité des auteurs des oeuvres et celle des inventeurs pour ne pas sombrer dans le plagiat et la fausse représentation.

Si on s’entend sur ces principes, il me semble que l’imbroglio autour du droit de propriété relève beaucoup plus de la sémantique qu’elle se base sur un problème réel en pratique, même si moralement parlant, le droit de propriété est un concept inacceptable pour un anarchiste. Bref, ce serait certainement une situation beaucoup plus intéressante dans la pratique que la situation capitalo-étatiste actuel, même si ce n’est pas suffisant. Par contre, je me pose la question suivante: si le droit de propriété est si merveilleux, pourquoi prétendre être un anarchiste alors? Soyez un minarchiste tant qu’à y être, et prônez la défense du droit de propriété privée par une police privée appliquant une loi protégeant le droit de propriété! Ça serait beaucoup plus efficace pour défendre le droit de propriété que l’élimination de l’État qui mènera irrémédiablement à l’éradication progressive de la propriété!

3) Finalement, parlons du profit. La plupart des anarchistes, comme moi, sont contre le profit mais les anarchistes de droite sont en faveur du profit. Ce discours pro-profit va à l’encontre des intérêts des anarchistes. Souvent, leur argumentation circulaire se résume à ceci: le profit est nécessaire parce que dans le capitalisme le profit est nécessaire, donc le profit est nécessaire! (le crédit revient essentiellement à François Tremblay pour cette affirmation) Wow, c’est crissement convaincant! 😉

Cependant, dans la pratique, l’existence du profit dans un monde anarcho-capitaliste serait nettement moins néfaste que dans la situation capitalo-étatiste actuelle, même si ça serait insuffisant. Voici ce que j’avais dit dans ce billet:

Attention, plusieurs formes de profit sont criminels parce que ceux-là sont créés directement par l’État. On peut les regrouper sous le vocable de rente politique. Les profits provenant des privatisations de sociétés d’État (ne pas confondre privatisation avec désétatisation, je reviendrai sur ces deux concepts prochainement), comme la majeure partie de la fortune de Labeaume Le Minable dans l’affaire Mazarin, sont des profits criminels qui n’ont rien à voir avec de l’entrepreneurship. Les profits provenant des contrats avec l’État, provenant de subventions étatiques ou de crédits d’impôts remboursables particuliers, provenant de la participation d’entreprises à des PPP, provenant de la spéculation boursière, provenant du fait que les corporations soient des personnes morales, provenant de la réglementation des brevets et des copyrights (quoique pour les copyrights, il y a un bémol concernant la fausse représentation, j’y reviendrai un jour), provenant du protectionnisme étatique, provenant de lois étatiques favorisant la cartellisation, la monopolisation ou l’oligopolisation d’un marché, etc. sont tous des profits criminels qui n’ont rien à voir avec de l’entrepreneurship. En fait, c’est plutôt de l’entrepreneurshit! Et dans le cas de Labeaume Le Minable, c’est de l’entrepreneurbullshit! 😉

Par contre, le profit entrepreneurial, qui résulte de l’activité des travailleurs mais aussi de l’investissement légitime des entrepreneurs, ne devrait pas être considéré comme un crime, même s’il n’est pas souhaitable, mais plutôt comme un vice indirectement relié au fait que le marché ne soit pas libre, ou un vice causé par un manque naturel de concurrence pour certains biens et services rarissimes. De plus, le profit est toujours relié aux travail des autres. Je reviens encore à l’exemple de l’artiste-peintre: je ne vois aucun problème à ce que cet artiste-peintre vende une des oeuvres et fasse de l’argent là-dessus. Ici, il ne s’agit pas vraiment d’un profit, parce que la somme empochée par l’artiste-peintre provient de son propre travail.

Finalement, dans un véritable libre-marché anti-capitaliste sans intervention de l’État, même les profits entrepreneuriaux fonderaient comme neige au soleil et des profits shylockiens, comme ceux de plusieurs grandes corporations, n’existeraient tout simplement plus et ne seraient plus un amplificateur de pauvreté et de richesse indécente comme c’est le cas présentement.

Remplacez “libre-marché anti-capitaliste” par “libre-marché propriétarien” (je vous suggère de lire ceci) et supprimez le passage où je dis que le profit est un vice, et le reste de cet extrait aurait très bien pu être écrit par un anarcho-capitaliste. Alors, la différence entre les anarchistes pro-profit et les anarchistes anti-profit n’est pas aussi grande que certains le prétendent! Par contre, je me pose la question suivante: si le profit est si merveilleux, pourquoi prétendre être un anarchiste alors? Soyez un capitaliste tant qu’à y être, et prônez un système étatique favorisant les profits des bourgeois au dépens des travailleurs et des exclus du système! Ça serait beaucoup plus efficace pour accroître l’accès au profit que l’élimination de l’État qui mènera irrémédiablement à l’éradication quasi-totale du profit, sauf pour quelques profits entrepreneuriaux nettement moins shylockiens que dans le contexte capitalo-étatiste actuel!

Bref, les apologies des hiérarchies, du droit de propriété et du profit, exprimées par les anarcho-capitalistes, ne sont pas des positions anarchistes et je vais les dénoncer. L’erreur fondamentale de l’anarcho-capitalisme est de réduire l’anarchie à “l’absence d’État”, ce qui est loin d’être une définition complète de l’anarchie. Cependant, dans la pratique, ces positions ne sont pas si néfastes en l’absence d’État, surtout si l’on compare avec le contexte capitalo-étatiste actuel. De plus, les anarcho-capitalistes partagent une écrasante majorité des points de vue avec les autres anarchistes sur les autres sujets. Il me semble que ce dernier point devrait être mieux considéré par toutes les parties impliquées dans les débats entre les anarcho-capitalistes et les autres anarchistes, n’est-ce pas? Par conséquent, ça n’avance à rien de traiter de “sale capitaliste” les anarcho-capitalistes qui défendent ces apologies et les anarchistes de droite n’avancent à rien quand ils traitent leurs opposants de “hippies” et de “communistes” quand ils débattent sur ces sujets. Mettons un peu plus d’emphase sur nos points communs que sur nos différends, à tout le moins!

J’en ai encore beaucoup à dire sur ce sujet et je vais fort probablement y revenir une autre fois…

Advertisements

20 responses

  1. “Souvent, leur argumentation circulaire se résume à ceci: le profit est nécessaire parce que dans le capitalisme le profit est nécessaire, donc le profit est nécessaire! Wow, c’est crissement convaincant!”

    En fait, c’est leur “argumentation” pour pas mal tout ce qu’on conteste…

  2. Si les hiérarchies sont si merveilleuses dans les milieux de travail, pourquoi prétendre être un anarchiste alors?

    Parce que dans une anarchie la relation patron-employé n’est qu’une sous-catégorie de la relation client-fournisseur qui est non-hiérarchique. Le salariat devient un “vice” où le salarié renonce volontairement à une partie de sa production en échange du sentiment de sécurité associé à un revenu stable. Je ne vois pas de hiérarchie là-dedans.

    “si le droit de propriété est si merveilleux, pourquoi prétendre être un anarchiste alors?”

    Parce qu’en effet c’est juste une question de sémantique. Vos arguments anti-propriété reviennent toujours à “on veut d’autres propriétaires”, de mon point de vue.

    “Soyez un minarchiste tant qu’à y être, et prônez la défense du droit de propriété privée par une police privée appliquant une loi protégeant le droit de propriété!”

    Non merci, je veux choisir mon policier moi-même, pas qu’un état le fasse à ma place. 🙂

    “si le profit est si merveilleux, pourquoi prétendre être un anarchiste alors?”

    Parce qu’une société avec un maximum de profits entrepreneuriaux et zéro profits non-entrepreneuriaux aura un niveau de vie démontrablement supérieur, pour tous, à une société avec zéro profits.

    1. “Parce que dans une anarchie la relation patron-employé n’est qu’une sous-catégorie de la relation client-fournisseur qui est non-hiérarchique. Le salariat devient un “vice” où le salarié renonce volontairement à une partie de sa production en échange du sentiment de sécurité associé à un revenu stable. Je ne vois pas de hiérarchie là-dedans.”

      Il y a hiérarchie dans la mesure où la survie du travailleur dépend de son travail. Cependant, je reconnais que la relation client-fournisseur et la relation “patron-employés” ont plusieurs points en commun.

      “Non merci, je veux choisir mon policier moi-même, pas qu’un état le fasse à ma place.”

      Oui, bien sûr, on s’entend là-dessus.

      “Parce qu’une société avec un maximum de profits entrepreneuriaux et zéro profits non-entrepreneuriaux aura un niveau de vie démontrablement supérieur, pour tous, à une société avec zéro profits.”

      Cette fois, je ne contesterai pas ça!

    2. “Parce qu’en effet c’est juste une question de sémantique. Vos arguments anti-propriété reviennent toujours à “on veut d’autres propriétaires”, de mon point de vue.”

      J’aimerais lire François là-dessus. Mais personnellement, je ne parle pas de remplacer les propriétaires par d’autres, je parle de considérer les entrepreneurs et les travailleurs comme des possesseurs au même titre!

    3. “Il y a hiérarchie dans la mesure où la survie du travailleur dépend de son travail.”

      Difficile ici de ne pas voir de confusion.

      1) On ne peut pas survivre en consacrant 100% de son temps à des loisirs. Aucun anarchiste ne peut prétendre cela.
      2) L’indépendance personnelle requiert une vision à long terme, une discipline d’épargne, et d’y réfléchir 2 fois avant de procréer, paradoxalement toutes des valeurs bourgeoises. Aucun anarchiste ne peut offrir un raccourci pour gaver les autres de ses propres valeurs.

      La question n’est évidemment pas d’être pour ou contre la dépendance. La question est de savoir comment vous voulez éviter le “vice” du salariat lorsqu’il s’agit d’un acte entre adultes consentants.

      “Minimalement attentif ne veut pas nécessairement dire “obéir”.”

      Exactement, un client ça peut aussi s’envoyer chier.

      1. “1) On ne peut pas survivre en consacrant 100% de son temps à des loisirs. Aucun anarchiste ne peut prétendre cela.”

        Pas si tout le monde était oisif, en effet! Mais peut-on distinguer “activité” et “travail”.

        “2) L’indépendance personnelle requiert une vision à long terme, une discipline d’épargne, et d’y réfléchir 2 fois avant de procréer, paradoxalement toutes des valeurs bourgeoises. Aucun anarchiste ne peut offrir un raccourci pour gaver les autres de ses propres valeurs.”

        D’accord!

        “La question est de savoir comment vous voulez éviter le “vice” du salariat lorsqu’il s’agit d’un acte entre adultes consentants.”

        Pas question de tenter d’éviter ça par l’usage de la force. Par contre, je vais continuer à le dénoncer.

        “Exactement, un client ça peut aussi s’envoyer chier.”

        En effet!

  3. “Le salariat devient un “vice” où le salarié renonce volontairement à une partie de sa production en échange du sentiment de sécurité associé à un revenu stable. Je ne vois pas de hiérarchie là-dedans.”

    Le ou la salarié-e offre une partie du “produit de son travail” (d’ailleurs souvent indissociable des autres unités de l’entreprise, ce qui rend le “produit du travail” dépendant du reste de la chaîne de “production”) en même temps que sa subordination. Voilà où elle est, la hiérarchie. Vous niez des évidences en torturant les mots. Accepter votre logique nous forcerait à reconnaître que les paysans métayers du Moyen Âge ne vivaient pas, eux non plus, sous un régime hiérarchique.

    1. C’est vous qui torturez les mots en parlant de subordination volontaire. Être minimalement attentif aux demandes de son client, c’est une question de civisme, pas de subordination.

      1. Minimalement attentif ne veut pas nécessairement dire “obéir”.

      2. “Être attentif” à un client n’est pas une obligation, ni faire preuve de civisme. Être attentif à son égal-e, ça l’est. Je ne torture pas les mots, je vous empêche de le faire. Ce que vous faites, c’est seulement changer le mot “employé” par le mot “client”. Ça ne nous rendra pas plus libres.

        Vous dites que le client a toujours la possibilité d’aller voir ailleurs: or, il n’y a pas une infinité de ailleurs.

        1. Par contre, le client aurait plus de choix dans une anarchie, anarcho-capitaliste ou pas.

    2. @Mouton Marron

      Mais admets-tu que ce type de hiérarchies serait moins omniprésente dans un système anarcho-capitaliste que dans le système capitaliste actuel?

      1. Parler d’anarchie capitaliste est selon moi un oxymore. Comme parler d’anarchie communiste. Dans une anarchie, il ne peut y avoir de pouvoir qui vous force à vivre soit selon un mode d’organisation communiste, capitaliste ou théocratique. L’anarchie est sensée vous permettre d’avoir le contrôle sur votre propre vie.

        Et ça dépend ce qu’on entend aussi par système “anarcho-capitaliste”. Un système anarcho-capitaliste ne forcerait pas les gens à créer des entreprises fonctionnant selon le même organigramme. Je crois. J’ai le sentiment que dans un système “anarcho-capitaliste”, des gens auraient quand même la volonté de fonder des coopératives à propriété partagée ou sans relations de hiérarchie. Les relations de hiérarchie ne seraient pas nécessairement présentes partout; elles ne le sont pas non plus aujourd’hui. Au bout du compte, qu’est-ce que ça change?

        Maintenant, je dois dire que je ne comprends plus du tout ce qu’on entend par “l’anarcho-capitalisme”.

        C’est clair que si l’anarcho-capitalisme, ça veut seulement dire de supprimer l’État pour laisser les forces du marché jouer sans rien changer d’autre, eh bien, non, je n’admets pas que la hiérarchie sera moins omniprésente. Au contraire, ce sera pire, puisque d’autres mécanismes et organes remplaceront immédiatement l’État et sa répression sans que le faible-possédant ait de recours contre l’abus.

        Et de toute façon, l’État est en effet très hiérarchisé mais la hiérarchie d’État est essentiellement sociale (avec ses castes) et organisationnelle. Donc plus aisément contournable qu’une hiérarchie de propriété, dans laquelle le rapport de force est purement matériel.

        Si l’anarcho-capitalisme veut abolir la croissance, le système financier mondial, les banques, qu’elle est peu intéressée par la propriété privée et par les hiérarchies, eh bien j’aimerais qu’on m’explique en quoi c’est de l’anarcho-capitalisme, d’abord… sinon une dérive gauchiste de l’anarcho-capitalisme.

        1. “Dans une anarchie, il ne peut y avoir de pouvoir qui vous force à vivre soit selon un mode d’organisation communiste, capitaliste ou théocratique. L’anarchie est sensée vous permettre d’avoir le contrôle sur votre propre vie.”

          Voilà!

        2. “Un système anarcho-capitaliste ne forcerait pas les gens à créer des entreprises fonctionnant selon le même organigramme. Je crois. J’ai le sentiment que dans un système “anarcho-capitaliste”, des gens auraient quand même la volonté de fonder des coopératives à propriété partagée ou sans relations de hiérarchie. Les relations de hiérarchie ne seraient pas nécessairement présentes partout; elles ne le sont pas non plus aujourd’hui. Au bout du compte, qu’est-ce que ça change?”

          Dans la pratique, ça ne changera pas grand-chose en effet. Sauf que de faire la promotion de la propriété, du profit et des hiérarchies est néfaste pour l’anarchisme.

          “C’est clair que si l’anarcho-capitalisme, ça veut seulement dire de supprimer l’État pour laisser les forces du marché jouer sans rien changer d’autre, eh bien, non, je n’admets pas que la hiérarchie sera moins omniprésente. Au contraire, ce sera pire, puisque d’autres mécanismes et organes remplaceront immédiatement l’État et sa répression sans que le faible-possédant ait de recours contre l’abus.”

          Tu sembles négliger les législations étatiques actuelles qui favorisent les entreprises et qui seraient inexistantes dans n’importe quelle forme d’anarchie, incluant l’anarcho-capitalisme.

          “Et de toute façon, l’État est en effet très hiérarchisé mais la hiérarchie d’État est essentiellement sociale (avec ses castes) et organisationnelle. Donc plus aisément contournable qu’une hiérarchie de propriété, dans laquelle le rapport de force est purement matériel.”

          Sauf que l’État vole aussi l’argent des travailleurs, ce que ne fait pas la hiérarchie privée.

          “Maintenant, je dois dire que je ne comprends plus du tout ce qu’on entend par “l’anarcho-capitalisme”.”

          En fait, très peu le comprennent et beaucoup d’anars exagèrent lorsqu’ils critiquent cette idéologie.

          “Si l’anarcho-capitalisme veut abolir la croissance, le système financier mondial, les banques, qu’elle est peu intéressée par la propriété privée et par les hiérarchies, eh bien j’aimerais qu’on m’explique en quoi c’est de l’anarcho-capitalisme, d’abord… sinon une dérive gauchiste de l’anarcho-capitalisme. ”

          Les anarcho-capitalistes sont contre les corporations bancaires, les banques centrales et le système financier mondial, comme les autres anarchistes.

  4. Le seul “discours néfaste” ici est celui de ceux qui croient encore que le “privé” c’est “eux” et que le “public” c’est “nous”, juste parce que c’est ce que le système d’éducation étatiste répète ad nauseam.

    Les anarcho-capitalistes n’ont rien contre les coopératives puisque c’est une organisation volontaire, mais j’y vois pas l’avantage: l’employé a le faux pouvoir de voter, mais est privé du vrai pouvoir de vendre. Ainsi le contrôle est totalement exercé par la petite clique aux talents politiques, ce qui fait de la coopérative un mini-état.

    Au moins dans l’anarcho-capitalisme, si l’employé perd tout contrôle de l’entreprise dans laquelle il travaille, il a le plein contrôle des entreprises dont il est petit actionnaire. Ce contrôle provient non pas par son droit de voter, mais par son droit de vendre, droit que votre “discours néfaste” méprise. Go figure!

    1. “Le seul “discours néfaste” ici est celui de ceux qui croient encore que le “privé” c’est “eux” et que le “public” c’est “nous”, juste parce que c’est ce que le système d’éducation étatiste répète ad nauseam.”

      Oui, en effet, c’est plus néfaste que ce que je dénonce ici. Mais ce n’est pas mon discours.

      “Les anarcho-capitalistes n’ont rien contre les coopératives puisque c’est une organisation volontaire, mais j’y vois pas l’avantage: l’employé a le faux pouvoir de voter, mais est privé du vrai pouvoir de vendre. Ainsi le contrôle est totalement exercé par la petite clique aux talents politiques, ce qui fait de la coopérative un mini-état.”

      Ça ne veut pas nécessairement dire que je suis tout en fait en faveur de ce que les mutuellistes proposent! 😉

      “Au moins dans l’anarcho-capitalisme, si l’employé perd tout contrôle de l’entreprise dans laquelle il travaille, il a le plein contrôle des entreprises dont il est petit actionnaire.”

      Pourquoi ne serait-il pas aussi un participant dans sa propre entreprise?

      “Ce contrôle provient non pas par son droit de voter, mais par son droit de vendre, droit que votre “discours néfaste” méprise. Go figure! ”

      Ce n’est pas mon discours néfaste et je ne parle pas de l’interdiction absolutiste de “vendre”. Mais, à mon avis, les travailleurs devraient récolter une part équitable des fruits de leur travail, à tout le moins.

  5. “Pourquoi ne serait-il pas aussi un participant dans sa propre entreprise?”

    “les travailleurs devraient récolter une part équitable des fruits de leur travail, à tout le moins”

    Tout à fait d’accord avec cela. Mais comme déjà mentionné, il peut y avoir un avantage de diversification à être actionnaire d’autres entreprises plutôt que celle où l’on travaille. Je ne vois rien d’injuste à vendre ma part de l’entreprise où je travaille pour acheter une part d’une autre entreprise, et ainsi perdre une partie du fruit de mon travail (épargné) pour en gagner une partie du fruit du travail (épargné) des autres. Ça ne change rien à la valeur actuelle de mon travail actuel et à ma capacité de vendre celui-ci, qui ne dépend uniquement que des barrières étatiques au marché du travail.

    1. Il est vrai que les barrières étatiques y jouent un grand rôle, en effet!

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: